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Author: rrrideproject (page 1 of 2)

Un mois de vélo à Tokyo : que de paradoxes !

Voilà aujourd’hui deux mois que nous avons posé le pied sur les terres japonaises, deux mois passés entre deux bases principales : Osaka et Tokyo. Prenant temps, d’explorer, de vivre ces villes au quotidien en tant que cyclistes (la plupart du temps) ou piétonnes (le reste du temps).

 

Il faut dire que depuis notre grand départ à l’automne dernier, nous n’avions jamais connu de conditions aussi idéales pour faire du vélo. Ces derniers mois, nous avons roulé, ou plutôt tenté de rouler en Asie du sud-est… et on peut maintenant le dire : on s’est souvent senties bien seules ! Nous avons certes croisé la route de quelques irréductibles militants – à ce niveau là on peut même parler de résistants – cyclistes, mais nos bronches et nos yeux se souviennent encore des pots d’échappement à perte de vue dans les rues d’Ho Chi Minh ou d’ailleurs. Rien que d’y repenser… Nous sommes ensuite bien passées par Shanghai, paradis du vélo partagé… sans être véritablement convaincues par ce modèle. Quelle ne fut pas donc notre joie, en débarquant à Osaka après un voyage en ferry depuis la Chine, d’apercevoir d’emblée autant de vélos dans les rues ! Un petit air de Copenhague au Japon… Des vélos de toute sorte, ultra-modernes, ou complètement bricolés, cargo ou miniatures… et surtout plein de gens dessus. On avait presque oublié à quoi ça ressemblait.

 

Commencer le Japon par un séjour dans la région du Kansai plutôt qu’à Tokyo aura été certainement l’une de nos meilleures idées de notre voyage. Osaka est une ville complètement dingue, ultra-attachante, vivante mais pas trop grande, parfaite pour y découvrir différentes facettes du Japon… et y faire du vélo est un bonheur. Très peu de dénivelés, peu de voitures en ville (le trafic étant par ailleurs détourné sur de grosses voix rapides surélevées à l’américaine : pas très beau et certainement pas la solution miracle, mais efficace), des routes assez larges et en PARFAIT état (sérieusement, on a jamais vu un macadam aussi magnifique), du soleil, des odeurs délicieuses de cuisine partout… (ok, on s’égare). On se rendait bien compte que tout n’était pas parfait : pas ou peu de pistes cyclables, des cyclistes parfois sur la route, le plus souvent sur le trottoir. Une signalétique absente, des feux absolument pas adaptés et de grosses difficultés pour garer son vélo de manière légale dans l’espace public. Mais l’heure n’était pas à la critique : grâce à nos nouveaux compagnons de route, deux mini-vélos pliants comme il y en a tant ici, achetés d’occasion chez le marchand du coin, nous allions passer trois premières semaines d’exploration juste magiques.

 

Vient ensuite Tokyo. Pour un mois tout aussi génial… mais vraiment, vraiment plus compliqué à vélo. Un mois qui, disons, nous ouvert un peu les yeux et « forcé » à remettre nos lunettes de militantes à deux-roues. On n’ira pas jusqu’à parler de « désenchantement »… mais presque. Pourquoi ? Tout simplement parce-que les limites que nous avions perçues à Osaka prennent une tout autre dimension dans le contexte tokyoïte. Arrêtons-nous un peu sur ce contexte pour bien comprendre de quoi nous parlons. 1. Si l’on regarde le classement des plus grandes aires urbaines du monde, Tokyo se classe en premier. Quand on prend le train direction la périphérie, il faut parcourir pas mal de distance pour apercevoir un bout de campagne ! 2. L’agglomération bénéficie d’un vaste réseau de trains (dont on se sert plutôt comme le métro – même si des lignes de métro existent aussi)  et la vie de quartiers s’organise principalement autour de la gare locale. C’est tout le charme de Tokyo : plein de petits quartiers (villages?) aux ambiances très différentes, mais tous aménagés un peu sur le même modèle : le cœur du quartier – la gare, puis quelques rues adjacentes très commerçantes où l’on mange en sortant du boulot, on boit un verre, on fait ses courses, et, tout autour, des rues beaucoup plus résidentielles (même si les petites cantines et autre izakaya ne sont jamais très loin). Nous avons vécu presque un mois à Tokyo, dans trois logements différents : le premier dans ce que l’on pourrait appeler la « petite  couronne », à quelques stations à l’ouest de la grosse gare de Shinjuku, puis dans la « grande banlieue » (dans la ville limitrophe de Machida), puis dans un quartier beaucoup plus central, près de Ueno, et avons à peu près retrouvé ce modèle à chaque fois. Et cette organisation en quartiers voire en micro-quartiers autour des gares n’est clairement pas quelque-chose d’anodin quand on cherche à comprendre les logiques des déplacements et des modes de transports des tokyoïtes. On a ici un modèle qui, d’un côté, est particulièrement adapté et même encourage fortement l’usage du « vélo au quotidien » (on y reviendra), mais qui dans le même temps, illustre les limites du vélo urbain comme véritable moyen de déplacement, comme pour mieux souligner l’absence d’une politique cyclable pensée et coordonnée à l’échelle de la municipalité.

 

C’est lors de nos premiers jours à Tokyo, dans notre logement n°1 que nous appellerons « petite couronne » que ce paradoxe nous aura paru le plus marqué. Nous sommes ici dans un quartier plein de charme, très vivant avec ses cantines de ramen, ses petits bars de jazz et ses galeries marchandes tout autour de sa gare. A chaque train en provenance de Shinjuku, une marée de voyageurs débarque et se dirige tout droit vers ces commerces. Comme dans beaucoup de quartiers de Tokyo, la voiture n’a pas sa place ici. Les rues sont de toute façon bien souvent trop étroites, on ne peut pas se garer et puis, pourquoi avoir une voiture quand on peut profiter d’un réseau de train aussi efficace ? Une fois descendu.e du train, la vie se poursuit à pied… ou à vélo, qu’on peut laisser toute la journée dans l’un des parking sécurisés (et donc payants) installés sous les rails. Et en dehors des trajets domicile-travail ? Le vélo est le roi du quartier, le choix n°1 pour les trajets courts, pour aller faire ses petites courses, ou récupérer ses enfants à l’école… (car oui, en journée, 80% – à vue de nez – des cyclistes sont des femmes, qui encore plus qu’ailleurs arrêtent massivement de travailler entre 25 et 40 ans, et les 20% restant sont des enfants ou des personnes âgées voire très âgées!). Il y aurait donc déjà beaucoup à dire sur l’usage du vélo en banlieue, qui contrevient aux indicateurs habituellement utilisés pour mesurer le développement du vélo dans telle ou telle ville, comme l’explique ce très bon article ou encore celui-ci, du même blog, sur les femmes et le vélo).

 

Surtout, dès lors que l’on quitte ces petits ilots de bonheur cycliste et que l’on essaye de se déplacer « vraiment » à vélo, on déchante vite ! Rejoindre Shinjuku, située à quelques stations de notre logement, à vélo ? Quelle galère… Faisable, mais vraiment pas pratique et tellement moins agréable ! Notre logique nous a d’abord poussées à essayer de suivre le rail jusqu’à notre destination : mauvaise idée, car si certains tronçons sont bien aménagés, la route peut s’éloigner du tracé à tout moment et chaque gare et son micro-quartier commerçant constituera un obstacle à contourner. Alors que les distances sont tout à fait faisables à vélo, l’aménagement urbain de la proche banlieue n’est tout simplement pas pensé pour passer d’une gare à une autre (et donc d’un quartier à un autre) ou rejoindre Tokyo « intramuros » autrement qu’en train. On finit donc par explorer, chercher des chemins alternatifs, ce qui n’est pas déplaisant mais qui, pour se déplacer efficacement, suppose soit de connaître une succession de quartiers résidentiels comme sa poche, soit d’avoir une appli, ou de suivre les grands axes routiers. C’est là que l’on découvre une deuxième limite : les règles – ou plutôt l’absence de règles claires de circulation à vélo. A Tokyo, il est rare de trouver une piste cyclable : ce sera soit un marquage au sol vous invitant mollement à rouler sur la route (ce que personne ne fait), soit une « vraie » piste… sur le trottoir. De manière générale, seuls les cyclistes les plus expérimentés roulent sur la route. A gauche, à droite, au ralenti derrière les piétons ou en mode slalom sur le trottoir, il n’y a pas vraiment de règles. C’est même plutôt le chaos, et nous avons d’ailleurs assisté à plusieurs accidents absurdes (au ralenti, sans gravité). On sent que le vélo, même s’il sert au quotidien, n’est pas vraiment exploité comme un mode de déplacement mais plutôt comme un outil « pansement », celui qu’on choisit quand on ne va pas assez loin pour prendre le train, et alors que la voiture est de fait hors-jeu. Mais un mode de déplacement tout de même bien plus efficace qu’à pied, surtout si l’on a besoin d’un panier pour mettre ses courses…

 

Nous qui détestons rouler sur le trottoir, pour le principe (gagnons de la place sur les voitures, pas sur les piétons!) comme en pratique (c’est franchement désagréable pour tout le monde), nous sommes senties également peu à l’aise sur la route puisqu’en grande minorité, et donc jamais vraiment à notre place. Déstabilisant, dans une ville qui peut par ailleurs se targuer d’un nombre de cyclistes parmi les plus élevés au monde (Tokyo a même hérité d’une très belle 9ème place dans le dernier classement – discutable? – de l’agence Copenhagenize).

 

Mais revenons sur notre trajet à vélo de la première couronne en direction de Shinjuku. Car, après avoir trouvé le meilleur itinéraire jusqu’à sa destination finale, une nouvelle difficulté se présente : garer son vélo queque-part. Aie. Qui dit parking payant sécurisé dit gros problème pour se garer en dehors d’un parking payant sécurisé. Bon, il faut préciser, sur cette question de pouvoir ou non poser son vélo librement dans l’espace public, que nous sommes légèrement à bout après bientôt 9 mois en Asie (car oui, nous avons eu ce problème sous d’autres formes au Cambodge et surtout au Vietnam, où chaque bout de trottoir libre est privatisé en parking pour motos et, par ricochet, pour vélos) ! Au japon, les parking pour vélos ont le mérite d’exister un peu partout et surtout au pied des gares. A défaut de pouvoir mettre son vélo dans un train – possible en théorie à condition qu’il soit rangé dans un sac, très peu vu en pratique, Tokyo est probablement un exemple à suivre en terme d’intermodalité. Mais là encore, ce modèle est parfaitement représentatif de l’usage restrictif réservé au vélo, c’est-à-dire principalement réservé aux trajets domicile-gare (et on y laisse son vélo toute la journée) ou aux très courts trajets dans son quartier (on gare le vélo devant chez soi et, le temps de sa course, devant les commerces). Par contre, se balader dans Tokyo devient compliqué dès lors que chaque arrêt (tiens, si on s’arrêtait deux minutes pour voir ce temple?) devient source de stress. Les agents municipaux sont partout et il nous est arrivé de retrouver nos vélos étiquetés voire même déplacés jusqu’à un parking payant voisin lors d’une pause de moins de 5 minutes (et il nous a alors fallu mettre une pièce pour les récupérer). Il existe bien quelques parkings gratuits la première demi-heure, mais encore faut-il connaître et anticiper leur emplacement (et, dans notre cas, lire le japonais…), ce qui gâche un peu le côté improvisation et liberté que l’on recherche en choisissant d’explorer une ville à vélo.

 

A l’heure où nous écrivons ce post, nous sommes en route vers le sud du Japon – Hiroshima, Fukuoka d’où nous quitterons (tristesse) le Japon comme nous sommes arrivées : par la mer ! Avec un peu de recul et passée cette frustration (toute relative), Tokyo nous apparait maintenant comme un « cas d’étude » très révélateur des différents leviers du développement du vélo en ville. On lit souvent que si les cyclistes choisissent ce mode de déplacement, c’est avant tout parce-qu’il est pratique (devant les considérations environnementales). Il se trouve qu’à Tokyo, faire du vélo chaque matin, chaque soir, ou pour ses courts trajets du quotidien, c’est extrêmement pratique. De là à dire que le succès du vélo à Tokyo tient du hasard ou plutôt des particularités de l’aménagement urbain citées plus haut… Non. Pour avoir visité ces derniers mois d’autres villes tentaculaires organisés en une multitude de petits quartiers, où le vélo a pratiquement disparu au profit du scooter (c’est le cas de Bangkok, la première étape de notre voyage), on ne peut que se réjouir que les tokyoïtes aient su reconnaître et cultiver l’usage du vélo au quotidien ! On peut sans doute aussi féliciter la municipalité d’avoir su repousser les voitures hors de la ville, d’avoir développé un réseau (certes en grande partie privatisé) de rail, dense et efficace, et d’avoir intelligemment aménagé ses abords de gare pour y stationner son vélo. Tout cela suffit-il à constituer une véritable politique publique visant à faire de Tokyo une ville cyclable ? Absolument pas, et il suffit d’essayer de prendre un vélo pour se déplacer d’un point A à un point B pour s’en rendre compte !

 

Shanghai : une ville de vélos partagés (et pourquoi nous n’avons pas été convaincues)

Aaaah Shanghai… Une étape prévue depuis bien, bien longtemps dans nos préparatifs de voyage – même si nous avions hésité avec Taiwan ! Maintenant que nous l’avons quittée pour notre base suivante (Osaka, Japaaaan), revenons un peu sur cette ville mégalopole de 24 millions habitant.e.s (70 millions sur l’agglomération)… et presque autant de vélos partagés !

Mais au fait, les vélos partagés, c’est quoi ? Lectrices, lecteurs de Paris, Lille, ou encore Reims, ça va peut-être vous sembler étrange, vous qui avez récemment vu arriver ces vélos « flottants », qui se géocalisent et se louent avec une appli (vous savez, ceux-là même qui ont déjà connu pas mal de problèmes en France.)  De notre côté, nous sommes parties juste avant leur démarrage et n’en n’avions jamais testé avant notre récent périple à Kuala Lumpur… Mais c’est à Shanghai que nous avons véritablement pu observer une ville toute entière tournée vers ce modèle. Nous n’en avions jamais vu autant, et de toutes les marques ! Disons-le tout de suite, c’est d’abord très impressionnant, d’autant plus que les gens les utilisent vraiment (même si l’offre dépasse largement la demande, nous y reviendrons).

Et pour cause : contrairement à ce qu’on aurait pu imaginer, il est assez facile de circuler à vélo à Shanghai, tant que l’on reste à l’écart des plus gros axes : le trafic intra-urbain est plus que raisonnable, les voitures et scooters  (électriques) respectent à peu près les feux – sauf pour tourner, mais après un mois et demi au Vietnam, nous sommes prêtes à tout pardonner… Les rues sont larges et il y a des pistes cyclables. ET la flotte de vélos est globalement maintenue en bon état.

Alors, qu’est-ce qui cloche ? Ben, on sait pas vous, mais une ville où on voit beaucoup plus de vélos partagés que de « vrais vélos » dans les rues, ça nous laisse un peu perplexes, et ce pour plein de raisons, que nous avons essayé de compiler ici.

  1. Trop, c’est trop ! 
Ofo, Gobee, oBike, GoBike… Shanghai nous a immédiatement donné l’impression d’être le terrain de jeu idéal de toutes les entreprises existantes sur ce marché, et elles sont nombreuses. Électriques ou non, il y en a de toutes les couleurs et pour tous les goûts, partout. PARTOUT. Si les usagers peuvent théoriquement les abandonner n’importe où (c’est un peu le principe) du moment que le stationnement n’est pas gênant, il y en a tellement qu’il a fallu dédier des espaces publics – le plus souvent, des trottoirs – à leur stationnement. Ce qui donne des scènes hallucinantes de trottoirs devenus impraticables, occupés par des centaines de vélos. Et ce n’est que la partie « visible » du problème, puisque l’on sait des cimetières de vélos définitivement abandonnés fleurissent en Chine.


  1. Où sont les « vrais vélos » ? 
C’est vrai, utiliser les vélos partagés, ça peut être très pratique. Nous en avons nous même testés à Kuala Lumpur, et ça nous avait bien dépannées. C’est assez bon marché, on a pas besoin d’avoir un local vélo chez soi, et – à Shanghaï du moins – il y en a littéralement à tous les coins de rues. De là à devenir la norme ? Non, par pitié ! Quoi de plus triste qu’une ville où ses habitant.e.s n’ont plus de vélos à eux, de toutes les sortes, des rigolos, des bien entretenus ou des complètement WTF ? Quel plaisir au contraire, comme c’est le cas au Japon (on vous en parle bientôt), que de découvrir les propriétés à deux-roues des habitant.e.s d’une ville ? Les vélos sont souvent le reflet des habitudes, voire de l’inventivité des locaux, et on peut en apprendre beaucoup sur une ville rien qu’en prenant le temps de les regarder (oui, vraiment) ! Que serait Amsterdam sans ses vélos hollandais souvent complètement « déglingues » – du moment que ça roule… ou Osaka sans sa collection de mini-vélos passe-partout ? Nous aurions aimé voir un peu moins de Obike et un peu plus de ces vélos vintages mythiques de marque Phoenix (fondée à Shanghai).

  1. Où sont les magasins de vélos ? 
Qui dit de moins en moins de « vrais » vélos, dit disparition progressive des commerçants ! Ok, nous nous basons ici sur notre propre ressenti, pas sur une étude… Mais nous nous sommes vraiment posé la question. Où sont les marchands, les réparateurs de vélos de proximité ? Pendant nos balades, ou dans le quartier (assez central) où nous logions, nous n’en avons pas vu un seul. Est-ce une conséquence directe de la domination des vélos partagés ? Nous y voyons forcément un lien…

  1. Quelle offre pour les touristes ? 
Si nous étions restées plus longtemps à Shanghai, nous aurions sans doute été un peu plus persévérantes. Mais c’est quand même dommage qu’une ville aussi cyclable sur le papier ne développe pas une offre un peu plus accessible aux personnes de passage ! En effet, pour pouvoir louer un vélo Ofo ou GoBee, il faut logiquement : un téléphone, une appli… et internet. Or, comment fait-on quand on n’a pas accès à un wifi public et qu’on ne veut pas dépenser une fortune en activant ses données à l’étranger ? Réponse : on achète une carte sim, enfin, une par personne. Simple dans une ville comme Kuala Lumpur, où nous en avions trouvé très facilement un peu partout et avions pu louer des vélos cinq minutes plus tard. A Shanghai, cela s’est révélé très compliqué et même, pour nous, impossible. Si vous lisez ce blog et prévoyez de visiter prochainement la Chine, nous n’avons qu’un conseil à vous donner : ne faites pas la même erreur que nous, ne loupez pas le coche : achetez une carte sim à l’aéroport international ! Vous n’en trouverez pas en ville ensuite, sauf à avoir envie d’attendre des heures (nous sommes parties au bout d’une demi-heure) dans un des magasins de l’unique compagnie téléphonique du pays, et ce sans garantie de succès (notre voisin de salle d’attente, qui nous a gentiment renseignées, n’était pas très optimiste pour nous). Et malheureusement, si vous ne pouvez pas vous servir des vélos partagés, il ne vous sera pas plus aisé de louer un vélo classique à Shanghai, l’offre étant très ciblée sur les vélos plus haut-de-gamme, type semi-course ou rando. Pas le même budget !

  1. Le vélo « jetable »…

… c’est juste tout le contraire de l’esprit vélo ! Ce n’est pas propre à Shanghai, mais le modèle atteignant ici son paroxysme, cela nous a encore plus sauté aux yeux : pour nous, ce modèle n’est ni durable, ni souhaitable.


© Fang Dongxu/SIPA ASIA/SIPA

Au contraire, en tant qu’usagères (oui, cher correcteur, nous souhaitons féminiser ce mot), rien de tel que de choisir son petit vélo adoré, celui qui nous suivra dans toutes nos aventures et explorations urbaines… Un pneu dégonflé, une crevaison ? Ça se répare et ça permet de discuter avec le réparateur du coin pendant qu’on emprunte sa pompe à vélo ! Bref, on en prend soin et on l’aime, même avec sa petite rayure sur la jante arrière… D’un point de vue plus global, pas la peine de vous faire un dessin pour vous démontrer que la fabrication à grande échelle de vélos qui ne seront jamais reversés, comme c’est le cas d’un vélo classique dont on ne se sert plus, sur le marché de l’occasion, mais finiront à moyen voire court-terme dans un immense cimetière (et ensuite?!), c’est franchement pas top.

Bref, nous avions déjà quelques doutes sur les vélos partagés, et le moins que l’on puisse dire, c’est que Shanghai ne nous aura pas fait changer d’avis…

Retour sur notre épisode #4 : Kuala Lumpur !

Jeudi 1er mars 2018.

C’est avec l’impression de sortir d’un court séjour dans un monde parallèle que nous nous attablons à un café de l’aéroport international de Kuala Lumpur (Malaisie), pour écrire ces premières lignes. Nous venons d’y passer quelques jours, après cinq mois – presque la moitié de notre voyage ! – entre la Thaïlande, le Laos, le Cambodge et le Vietnam à la recherche d’initiatives à deux-roues, avant de traverser le Golfe de Thaïlande pour cette escapade de dernière minute. Avec un passage de frontière en vue pour renouveler nos visas et la perspective de quelques tours de roues au pied d’imposants gratte-ciels, pourquoi ne pas joindre l’utile à l’agréable ?

Avant d’y louer nos premiers vélos, c’est en métro – ou plutôt en train aérien super rapide – que se fait notre premier contact avec la ville. D’emblée, on aperçoit ses fameuses tours jumelles Petronas, un temps les plus hautes du monde (aujourd’hui largement détrônées par les géantes de Dubai, Shanghai ou encore Taipei), symboles de sa réussite économique. Née de la découverte de gisements d’étains, en partie détruite pendant la seconde guerre mondiale lors d’affrontements entre anglais et japonais, Kuala Lumpur connait un développement extrêmement rapide depuis plusieurs décennies en misant sur les secteurs de la finance et des nouvelles technologies. On pourrait lui trouver quelques points communs avec Bangkok… mais globalement, la ville n’a rien à voir avec notre expérience de l’Asie du Sud-Est ! Nous nous trouvons ici dans un pays majoritairement musulman, et la communauté chinoise extrêmement présente à KL (pour les intimes) lui confère une ambiance particulière. Il n’y presque pas de motos et encore moins de karaoke improvisé dans les rues (activité plébiscitée au Cambodge et au Vietnam!), la cuisine dégage des odeurs d’épices indiennes et l’aménagement urbain change du tout au tout. Adieu les plans en damier imposés par les français, ici, ce sont les hollandais et surtout les anglais qui ont laissé leur marque ; larges boulevards et constructions audacieuses se mêlent aux ruelles chaotiques et curiosités architecturales de quartiers plus anciens, offrant des perspectives presque londoniennes, tout en courbes et en verticalité.

A la sortie des stations de métro, les Obike, ces vélos connectés venus du voisin singapourien, géolocalisables avec une appli et que l’on peut prendre et déposer où bon nous semble, dominent le paysage. L’ultra-centre – dîtes « downtown » – ressemble à une page de magazine : pas un papier par terre, même le street-art semble avoir été mûrement réfléchi. Il faut dire que nos moindres faits et gestes sont contrôlés (ou plutôt filmés). Et pourtant, on s’y sent plutôt bien. Au pied des tours de verre, on sent que ça bouge dans tous les sens. Les cafés sont remplis, les food-trucks s’installent partout, les discussions se font facilement. Et surtout : nous avons un rendez-vous ! Au lendemain de notre arrivée, nous rencontrons Jeffrey Lim, avec qui nous échangions par mail depuis plusieurs semaines. Ce n’est pas un hasard si Jeffrey et son groupe de cyclistes ont participé en 2015 à l’inauguration de la première piste cycliste de la ville : leurs projets ont largement contribué à sa création.

Des projets, Jeff en a justement toujours plusieurs en route. Il retape de vieux vélos – il en a six ou sept, « un pour chaque jour de la semaine » nous dit-il en riant, et met en place des ateliers pour apprendre aux autres à faire de même. Avec sa bécane du jour, un vieux vélo rouge pliable bricolé de partout, il ne passe pas inaperçu. Mais c’est surtout son Kuala Lumpur Bicycle Map Project qui l’a fait connaître en tant que porte-parole de la cause cycliste : en 2012, Jeff et quelques autres se lancent dans la cartographie de la ville, qui ne compte alors aucun aménagement cyclable, et classent les rues et les carrefours selon leur accessibilité et l’intensité du trafic motorisé. Très vite, l’initiative devient une véritable entreprise citoyenne et collective, avec un nombre croissant d’exploratrices et explorateurs volontaires qui lui envoient toutes sortes de données, photos ou croquis… ou lui transmettent les infos en direct par téléphone. Deux ans et demi passeront jusqu’à la première édition de la carte. « Bien plus que je ne l’avais imaginé, un peu naïvement », reconnait-il, pour finalement produire une carte remarquable et particulièrement soignée, disponible gratuitement en malais, chinois et anglais, en ligne et en version papier (recyclé). « C’est important d’avoir un objet que l’on puisse tenir entre ces mains, et de pouvoir le donner à d’autres pour convaincre ». Une stratégie payante, puisque l’outil ira jusqu’à atterrir sur le bureau du Maire… avec plusieurs succès à la clé.

Après notre thé glacé (il fait 35C°), notre cycliste militant se transforme pour nous en guide de luxe et nous fait découvrir des aménagements fraichement réalisés, dont une ruelle transformée en espace piétonisé avec cafés et lieu culturel. Jeff en est persuadé, « il ne faut pas seulement parler de vélo mais de mobilité active, de ville accessible, d’opportunités d’espaces, de « walkability ». Comment sort-on les gens de leur voiture ? ». Nous partons ensuite à l’assaut d’une piste cyclable pour une boucle d’une demi-heure, et si sa couleur bleue caractéristique n’empêche pas certains automobilistes de la confondre avec un parking, nous obligeant à jouer des coudes et de la sonnette, l’itinéraire très bien conçu permet, sans coupures, de faire un bon tour du downtown. Un aménagement de qualité, pensé avec et pour les cyclistes, qui nous l’espérons en appellera d’autres.

Nous quittons Jeff en fin de balade sur une crevaison vite oubliée grâce à son kit de réparation qui ne le quitte probablement jamais. Avec un grand sourire et l’envie de se recroiser un jour. Ici comme ailleurs, velorution is coming !

Voir l’épisode, en vidéo : par ici !

De Phnom Penh à Hanoï : derniers tours de roues en Asie du Sud-Est !

« Thaïlande, Laos, Cambodge, Vietnam. Pour commencer » ! Comment de fois en a-t-on parlé, bien avant notre départ, de ces quatre pays que nous allions visiter en six mois, pour première partie de notre voyage ?

Et nous sommes aujourd’hui à Hanoï, notre dernière base dans ce coin de l’Asie avant de partir pour… Hong-Kong ! Alors non, ce n’est pas très loin (deux heures d’avion), mais Hong-Kong marque pour nous le commencement d’une deuxième partie qui promet d’être bien différente :

1. notre rythme va changer (nous abandonnons notre système de « ville-base » et serons bien plus itinérantes),
2. notre environnement direct va évidemment beaucoup changer avec un itinéraire qui passera par le Japon, la Corée du Sud ou encore la côte californienne,
3. notre quotidien de cyclistes va définitivement changer, même si certains « désagréments » risquent de revenir ici et là (voir plus loin).

Mais revenons d’abord un peu en arrière !

Du Cambodge au Vietnam…

Nous vous avions laissé.e.s à Phnom Penh, en vidéo (si vous n’avez pas vu notre dernier épisode, le rattrapage c’est par ici), où l’on revenait sur la place du vélo au Cambodge et sur nos difficultés à mener à bien notre objectif : rencontrer des porteur.se.s de projets, filmer ces initiatives « à deux-roues » qui, de Paris à Bangkok*, portent un message de changement. En cela, Phnom Penh devait être pour nous une étape plutôt facile, puisque nous avions repéré et même échangé avec quelques ONG qui ont, sur le papier du moins, tout saisi du potentiel émancipateur du vélo, surtout pour les plus précaires et les plus dépendant.e.s – les femmes, et les jeunes. Un vélo permet de monter un petit commerce ambulant, décuple les possibilités de déplacement, rend accessible l’école trop éloignée en zone rurale, donne de l’indépendance, permet d’économiser de l’énergie (humaine)… Malheureusement, nos divers interlocuteurs, bien silencieux depuis notre arrivée dans le pays, n’ont fait que repousser pour mieux esquiver nos demandes de rencontre, ou alors nous ont reçues pour mieux nous oublier ensuite (jusqu’à prétendre avoir perdu les notes prises pendant notre entretien, oui, oui!). Nos perspectives de tournage se sont éloignées, même si nous avons pu, juste avant notre départ du pays, tourner quelques images dans un centre de formation qui avait justement reçu, pour ses apprenant.e.s, des vélos d’une de ces ONG (qui nous avait mis un vent, donc). Rien de bien grave, disons que la période nous aura permis d’apprendre à faire le tri entre toutes ces organisations, très, très nombreuses à Phnom Penh, dont nous ne doutons pas que certaines font du boulot sérieux, tandis que d’autres ne jouent franchement pas le jeu de la transparence.

Notre période au Cambodge aura bousculé la réalisation de nos épisodes mais nous aura aussi et surtout marquées dans notre voyage. On ne va pas faire dans la politique de comptoir, mais après la Thaïlande, assez riche (et royaliste), le Laos, magnifique mais très, très pauvre, communiste et sous très forte influence des capitaux chinois (qui construisent barrage sur barrage sur le Mékong), le contexte historique et politique du Cambodge est lui aussi très complexe, et certaines de nos aventures nous ont laissées perplexes ! C’est un régime autoritaire, avec foule de petits pouvoirs, ce qui peut être pesant… Nous avons plusieurs fois été confrontées à un personnel qui peut se révéler suspicieux même auprès des touristes dans les lieux les plus touristiques. Eexemple : au troisième et dernier jour de notre visite aux temples d’Angkor, nous avons été brièvement accusées d’avoir échangé nos tickets avec quelqu’un d’autre, car le garde a trouvé suspect que nous laissions passer quelques jours entre nos 2ème et 3ème jours de visite (alors que nos tickets nous donnaient le droit de les étaler sur dix jours). Il a voulu tout savoir de notre programme et de l’endroit où nous logions… Un seul crédo face dans ce genre de situation : *rester calme* (pas toujours facile). Inutile de dire que le comportement de cette petite caste n’est absolument pas représentatif : malgré quelques difficultés de communication, nous avons toujours été très bien accueillies au Cambodge !

Autre facette du pays qui nous a sauté aux yeux : son ouverture économique très rapide, et l’absence totale de régulation avec pour conséquence une très forte croissance des inégalités les plus visibles : des starbucks ultra-modernes poussent dans les quartiers des classes moyennes et supérieures quand, dans certains coins du plein centre, de nombreux enfants des rues (sur)vivent dans des conditions indignes, et côtoient les victimes du tourisme sexuel, officiellement condamné mais qui a pignon sur rue – nous avons passé une semaine dans une guesthouse, dans une rue où tous les bars étaient des bars à « hôtesses ».

Cette absence de régulation se traduit aussi très fortement d’un point de vue environnemental par une gestion catastrophique des déchets et surtout du plastique qui a envahi les campagnes…

Bon, attention, nous aurons aussi beaucoup de très bons souvenirs du Cambodge, en commençant par les temples d’Angkor,  magnifiques, vraiment une très grosse claque, nos quelques jours de glande calme à Battambang dans l’Ouest du pays, et bien sûr, la capitale, Phnom Penh, qui peut être épuisante – les rues sont étroites, la circulation dense, la poussière et la pollution omniprésentes – mais qui est tout de même extraordinaire. On ne peut la décrire autrement qu’avec des qualificatifs dignes du Lonely Planet… : « colorée », « vivante », « surprenante », « on ne s’y ennuie jamais », et c’est tellement vrai ! Il nous arrivait souvent de débriefer après un trajet à vélo à doubler des tuk-tuk flamboyants (oui, ils sont tous customisés), des magasins ambulants de toute sorte (vous n’imagineriez jamais ce qu’on peut vendre sur un vélo ou une moto), à observer des chapiteaux installés dans la rue pour célébrer un mariage ou encore des scènes incroyables de karaoké… On se disait, « dans quelques mois, ça nous paraitra dingue » ! Spoiler : c’est déjà le cas, même si le Vietnam nous réserve d’autres surprises.

Fin février, nous avons quitté Phnom Penh en bus jusqu’à Ho Chi Minh. Un trajet sans encombres, aucun problème au passage de la frontière, et nous avons même pu faire passer nos deux vélos pliants, nos petits bébés achetés sur un marché dès nos premiers jours au Cambodge et que nous n’avons pas voulu abandonner (et puis ils sont tellement pratiques.) Ça s’est gâté à notre arrivée à Ho Chi Minh, puisqu’il ne s’est pas passé une heure avant que l’on ne se fasse voler (des đồng, par un chauffeur de taxi qui a profité de notre méconnaissance des billets et est parti très vite). C’était le premier vol de notre voyage… et pour l’instant le dernier. Passée cette première impression, nous aurons passé un bon moment au Vietnam, étape que l’on appréhendait honnêtement un peu après avoir lu, entendu des témoignages de voyageur.se.s… Tout n’est pas faux, et il est vrai qu’on ne s’est pas toujours senties les bienvenues partout, mais globalement, nous avons été charmées !

Première chose, la communication est globalement plus facile avec les locaux, curieux, ouverts à la discussion et surtout qui parlent mieux anglais. Et ça, ça nous a vraiment fait du bien. Deuxièmement, nos deux bases successives, Ho Chi Minh et Hanoi, sont de très belles villes (ou plutôt mégalopoles), chacune dans leur genre. La première nous aura mises à rude épreuve, surtout par sa circulation et son flot continu de motos (on en compte 9 millions). Être coincées au feu dans un bouchon de deux-roues motorisés, sous minimum 30 degrés, entre les pots d’échappement… *rester calme*, bis ! Mais quand même, avec ses larges avenues, ses petits cafés bondés, ses anciens marchés et ses gratte-ciels, la ville a vraiment quelque-chose.

Quant à notre base actuelle, Hanoï, que nous avons rejoint après un très, très long trajet sur la ligne mythique du train de la réunification (1.700 kilomètres, 33 heures), nous y avons redécouvert la notion de fraicheur – un petit 25 degrès en moyenne – et surtout d’ESPACE. D’espaces verts, avec des parcs, de vrais et beaux parcs, des lacs, très nombreux et mis en valeur. Chaque week-end, les rues autour du lac Hoan Kiem, au cœur de la ville, sont même piétonisées. A Hanoi, on respire : la circulation est toujours aussi terrible, mais les échappatoires sont nombreux. On oublie la pollution, aussi.. sauf la pollution sonore, qui, ne mâchons pas nos mots, est juste atroce.

Ce qui nous amène à la dernière partie de ce post : parcourir toutes ces grandes villes à vélo, ça donne quoi ?

… et des centaines d’heures (au moins!) à vélo !

Celles et ceux qui nous connaissent bien savent que l’une comme l’autre avons fait du vélo notre mode de transport quotidien à Paris. Et l’idée, c’était de faire pareil ici. C’est même indispensable à notre projet, sans quoi nous ne pourrions comprendre ce que c’est que d’être cycliste dans tel ou tel endroit du monde. Et puis, c’est tellement mieux et pratique pour visiter une ville. (Et puis, et puis, et puis… On vous épargne le plaidoyer. Pour l’instant.)

On peut donc dire qu’on a bien exploré tous nos points de chute, et si l’heure n’est pas au bilan, on peut quand même en tirer quelques observations. Tout d’abord, après les capitales Bangkok et Vientiane, qui laissent une très large place aux voitures (seule la première, que nous avons paradoxalement beaucoup aimée, a construit les infrastructures en conséquence pour en faire un modèle du tout-voiture, point noir de la ville), nous sommes entrées, au Cambodge et surtout au Vietnam, dans un autre monde : celui des motos. Les deux pays n’ont pour autant rien à avoir : la circulation est disons… bien plus rude au Vietnam. Entendons-nous bien : à Phnom Penh, rouler demande encore plus qu’ailleurs une attention de chaque instant pour déjouer tous ses pièges : nid-de-poule, chaussée rafistolée avec du gravier, feux inexistants ou presque, sens interdits jamais respectés, tout peut arriver, tout le temps ! On a vu un sacré nombre d’accidents… (pas nous – à part une chute à l’arrêt sur un parking, on ne dira pas de qui)

Ho Chi Minh et Hanoi font mieux sur tous ces points ou presque, mais le trafic est bien plus dense, et les contacts avec les autres usagers, plus difficiles. Ici, on ne nous regarde plus tellement avec étonnement, mais on ne peut pas dire que l’on se sente pour autant les bienvenues sur la route. Pour plusieurs raisons, la principale étant qu’il y a un véritable problème avec le klaxon. Et dire qu’on trouvait que ça klaxonnait beaucoup au Cambodge… On a beau lire dans des guides et divers blog que « ça fait partie du charme », nous qui roulons tous les jours, on ne s’y fait vraiment pas et on ne s’y fera jamais. On sait qu’il ne faut pas toujours l’interpréter comme un signe d’agressivité – le plus souvent, le klaxon est là pour avertir de sa présence (il n’est pas rare de voir un scooter klaxonner 10 fois en quelques secondes alors qu’il n’y a personne à l’horizon). Mais, c’est aussi, parfois, une façon de dire « dégage de ma route », surtout quand on est à vélo ou à pied (les piétons n’ont jamais la priorité). Il est même arrivé qu’un mec à moto nous siffle en nous faisant signe de dégager parce-que nous étions sur son chemin. Tout ça devient très fatiguant et on vous mentirait si on vous disait qu’on a jamais eu envie de crever des pneus. A la place, on boit des bières…

Autre aspect pesant, l’impossibilité de garer son vélo où l’on veut. Chose commune à tous les pays que nous avons visité, un phénomène que l’on pourrait appeler « privatisation de l’espace public » : quand vous attachez votre vélo quelque-part, il y a 9 chances sur 10 pour qu’une personne débarque de nulle part et vous demande de payer. En gros, ce sont des parkings improvisés. Et sans doute rendu nécessaires par le nombre de motos en circulation, mais pour nous, cyclistes, c’est lourd. On a en plus remarqué une tendance généralisé des gardien.ne.s de parking à triporter nos vélos dès que nous avons le dos tourné (rappelez-vous, ce sont nos petits bébés!), à les déplacer sans aucune raison apparente, voire à les essayer… rrrrhhhh. Et nous n’en avons pas fini avec cet aspect, puisqu’à Hong-Kong, la police confisque très facilement tout vélo garé en dehors des stationnements prévus, tout comme au Japon où tout cela parait également très compliqué – il nous faudra d’ailleurs aller déclarer nos vélos avant de pouvoir les utiliser.

On finit ce post avec une annonce : la sortie de notre prochain épisode est pour très bientôt. Vous nous suivrez à Kuala Lumpur, que nous avons visitée pour quelques jours au début du mois de mars, et tout était trèèès cool : la ville, l’ambiance (on peut dire que nous avons été dépaysées) et la petite mais active scène cycliste, avec un super projet à la clé !

*revoir notre épisode sur 3CProject, ce groupe citoyen qui œuvrent pour la réhabilitation des canaux de Bangkok… en y construisant des pistes cyclables !

Chronique : Dis-moi où tu roules (à vélo), je te dirai qui tu es !

Avec leur « Rride project », Nathalie et Camille parcourent l’Asie pour mettre en lumière les initiatives civiques, sociales et économiques autour du vélo. Après nous avoir écrit de Thaïlande, les voici au Cambodge !
[ Lire la suite de notre nouvelle chronique sur le site de Causette ]

80 jours sans rouler à Paris : ce qui nous manque un peu, beaucoup, ou pas du tout !

Voilà maintenant un petit moment que nous parcourons des villes d’Asie du Sud Est à vélo. Et plus le temps passe, plus l’on se rappelle de ce que c’était, notre quotidien de cyclistes à Paris ! Après les autoroutes urbaines de Bangkok, les bouchons de Chiang Mai, les 4×4 de Vientiane, nous voici à Phnom Penh, royaume des tuk-tuk et des scooter (même si Ho Chi Minh, que nous visiterons plus tard, la surpasse dans ce domaine). Ici, pas ou peu de règles de circulation, les sens interdits ne sont pas respectés, les feux à peine plus. Une moto peut toujours débouler de n’importe où, n’importe quand.

Ce que nous retenons après 10 jours à rouler tous les jours à Phnom Penh ? Deux règles : toujours garder l’œil ouvert (et les mains sur les freins) ; et ne jamais céder. Céder le passage, ou même attendre que l’on vous laisse passer, c’est non seulement le meilleur moyen de ne jamais avancer mais en plus de bloquer le trafic derrière soi, et se faire klaxonner ! La bonne nouvelle, c’est que cette « loi du plus fort » n’a rien à voir avec la taille du véhicule ou le fait qu’il soit ou non motorisé : c’est à celui (en l’occurrence plutôt des hommes…) qui « montrera ses muscles », qui avancera sans peur pour imposer sa trajectoire. Pratique déroutante au début, énervante bien sûr tant les comportements sont genrés, mais finalement peu dangereuse voire amusante au bout d’un moment. Quel plaisir de passer en vélo là où même les scooters n’ont pas la place…

Voilà pour le contexte. Alors, vu d’ici, rouler à Paris, ça nous manque, ou pas ? On tente un petit classement !

Ce qui nous manque le plus : 

  • Des espaces sans voitures. Sans hésiter ! Ici, il est très difficile de sortir du bruit de la circulation sans abandonner son cher vélo pour s’installer dans un café, ou mieux, un des nombreux rooftop ! Aaaah, les quais de Seine à vélo, quel bonheur… Même remplis de piétons un dimanche d’été, on signe !
  • Les trottoirs. Les poteaux, les barrières. Des arceaux. Bref, un endroit pour se garer (librement). C’est quand même un des plaisirs du vélo que de pouvoir s’arrêter quand on veut, où on veut… liberté très limitée ici ! Déjà, quand on pose le pied par terre, on a le droit à au moins une personne qui vient voir (de très près) ce qu’on trafique avec deux vélos et un antivol, et ça, c’est pesant… Car le trottoir est un lieu d’occupation (masculine), et un business ! Dans certains quartiers, il est très difficile de trouver un bout de trottoir qui ne soit pas privatisé et transformé de manière complètement anarchique en parking à motos, surveillé, avec système de tickets.
  • Les pistes ! Même si elles ne sont pas toujours respectées à Paris, elles nous manquent ! Difficile ici de revendiquer un ‘espace à soi’ sans aucun marquage au sol…

Ce qui nous manque le moins : 

  • Les bus, à l’unanimité des voix ! Les voies de bus ? Un mauvais souvenir pour nous ! Bon, il faut dire que le réseau de bus et plus largement de transports en commun est quasi-inexistant, ce qui n’est évidement pas une bonne nouvelle… Mais une chose est sûre, de Bangkok à Phnom Penh, nous ne nous sommes jamais senties mises en danger comme ça peut être le cas sur la voie du bus du Boulevard Saint-Germain (un exemple comme ça, au hasard)
  • Les taxis ! Aaaaah nos amis les taxis… là encore, le fait de ne plus se faire frôler – ni insulter, menacer… – par certains chauffards nous fait vraiment du bien. Si certains comportements peuvent être ici dangereux, cela tient plutôt de la circulation anarchique que de la volonté de nous faire peur – et croyez-nous, à Paris, c’est du vécu !
  • Et pour finir, les costards cravates qui se prennent pour Chris Froome (sans dopage) sur leur vélib’ et font la course avec nous. Là encore, du vécu… 😉

A très vite pour la suite de nos aventures !

De Bangkok à Vientiane : retour sur un mois de voyage – 2ème partie (Laos)

Après les petites galères de nos derniers jours en Thaïlande et une fois passées au Laos, de l’autre côté du Mékong, nous voici parties pour deux jours de bateau, direction Luang Prabang. Et ce fut… plutôt génial. Une fois le visa obtenu (sans difficulté), nous (et nos sacs) transférées avec d’autres passagers en pick-up jusqu’à l’embarcadère, nous découvrons le long boat sur lequel nous passerons deux jours, avec une pause pour la nuit dans le village de Pakbeng. Un beau bateau tout en bois, avec tout le confort minimum : des toilettes et de quoi se restaurer (chips, soupes instantanées et Lao Beer!).

Une bonne ambiance, on fait connaissance et on trinque avec nos voisin.es suisses, américain.es, chilien.nes… et on hallucine quand même devant cet espagnol qui se prendra deux jours durant pour le capitaine du bateau, avec une passion dans sa nouvelle vie : superviser chaque manœuvre – sous les yeux eux aussi hallucinés de l’équipage, le vrai. Petite frayeur tout de même pour l’un des passagers qui s’est gravement ouvert la jambe en tombant dans une trappe à la fin du premier jour. Évidement, pas d’hôpital à Pakbeng (vraiment un village entouré de forêts, construit sur les rives du Mékong), il n’aura que quelques premiers soins jusqu’à Luang Prabang…

 

 

Sinon, les paysages sont dingues, le réveil le matin du deuxième jour, à Pakbeng, aussi. On s’extasie un peu bêtement avec d’autres touristes devant les éléphants qui prennent leur bain (ces même touristes qui une heure plus tard jetteront leurs mégots dans le Mékong comme de nombreux occupants du fumoir improvisé à l’arrière du bateau… et là, tu perds foi en l’humanité).

 

Les paysages du Mékong continueront à nous émerveiller pendant nos quelques jours à Luang Prabang, une étape certes touristique mais tout de même calme, apaisante, vraiment très belle, du soleil en continu et une température idéale (28, 29 degrés « seulement », la fraîcheur du Nord) et surtout parfaite à vélo ! Et ce petit resto japonais… (un problème récurrent pour nous : on finit toujours par se trouver un petit spot japonais plutôt que d’explorer à fond la cuisine locale). On vous passe ensuite la journée de voyage jusqu’à Vientiane en minivan sur des routes de montagne (que notre voisine n’aura pas supporté…). Nouvelle étape : Vientiane !

 

 

Vientiane, une “petite” capitale aux gros problèmes de circulation….

 

Après 15 jours passés à parcourir la ville au moment ou nous écrivons cet article, on peut dire que s’il est relativement facile de s’y déplacer à vélo, ce n’est pas vraiment une partie de plaisir. Facile, car la ville est peu étendue, le centre, petit, et que les voitures et motos ne roulent pas très vite, ni ne frôlent les cyclistes. On peut aussi faire une belle balade sur la grande route qui longe le Mékong, la circulation y était coupée tous les soirs pour faire place aux piétons, vélos, et différents cours de gym qui se font concurrence avec musique à fond – et même si les pratiques restent assez genrées, ce sont des dizaines de femmes qui occupent, chaque soir, l’espace public.

 

Cela dit, rouler quotidiennement à Vientiane n’est pas de tout repos, au contraire. Nous en avons eu un aperçu dès notre arrivée ; après notre voyage mouvementé en provenance de Luang Prabang, nous pensions avoir fait le plus dur une fois arrivées à la gare routière située à quelques kilomètres en périphérie de la ville. Naïves que nous sommes… Installées à l’arrière d’un taxi collectif – un pick-up, donc à l’air libre, nous avons mis plus d’une heure et demi pour faire ces quelques kilomètres, en faisant du quasi sur-place tellement les rues étaient bouchées (et pourtant, des rues à deux, trois voies!). Tout le monde était pourtant très calme, pas un coup de klaxon, pas une insulte, ce qui fut finalement le plus dépaysant pour nous parisiennes… Un de nos compagnons de route, exaspéré, a même quitté le navire en plein milieu de la route pour continuer à pied (et on aurait franchement fait pareil si nous n’étions pas si chargées). Les locaux avaient tous des masques – pas nous : énorme mal de tête en arrivant. Nous voilà donc prévenues…

 

Quelques balades à vélo plus tard, nous avons ressenti le besoin de faire quelques recherches sur le sujet… et, de fait, le nombre total de véhicules enregistrés à Vientiane a doublé sur ces cinq dernières années, pour s’établir à plus de 800.000, pour un nombre d’habitant.e.s à peine plus élevé. Certes, les deux-roues motorisés restent largement en tête mais difficile de ne pas remarquer le nombre important de voitures neuves stationnées un peu partout dans la capitale ! Et quelles voitures : une majorité de 4×4 et d’énormes pick-up américains et japonais qui encombrent les trottoirs et ralentissent fortement la circulation aux carrefours, rarement régulés par un feu, donc souvent lieux de blocage. Et d’accidents (nous avons assisté à pas moins de 4 collisions voiture/moto en 15 jours, toutes sans gravité).

 

 

Nous avons trouvé plusieurs tentatives d’explication : les importations de voitures d’occasion auraient été limitées par le gouvernement, tandis que les (nombreux) concessionnaires proposent des credits-auto très attractifs. On veut bien le croire… Surtout, les alternatives au transport individuel sont quasi-inexistantes, comme nous l’expliquait un jeune volontaire des Nations Unies rencontré lors d’un événement associatif à l’Institut Français du Laos : hormis les taxis collectifs et autres tuk-tuk, il n’y a que quelques lignes de bus (donnés par le Japon, très présent ici), un réseau qui relie principalement les grands axes excluant de fait les usagers les plus éloignés, des stations peu ou pas aménagées, non abritées donc pas adaptées pendant la saison des pluies… Dans les chiffres, les trajets en transport en commun représentent moins de 1% des trajets quotidiens à Vientiane.

 

Les autorités semblent tout de même prendre conscience du problème, plusieurs annonces ayant été faites pour, officiellement, lutter contre les embouteillages, dont la verbalisation des parking clandestins, la construction d’un système de tram, de nouvelles piétonisations et même un système de vélos partagés. A suivre ?

 

… et pourtant : un petit coup de cœur pour nous !

 

« Vaut un jour de visite à peine », « rien à voir, on s’y ennuie »… Autant dire qu’avec tout ce qu’on avait lu sur différents blog, nous aurions dû nous attendre au pire. Mais après Chiangmai ou Luang Prabang, deux étapes touristiques, on était finalement assez impatientes de découvrir cette capitale.

 

 

Verdict : une de nos étapes les plus surprenantes ! On ne peut pas vraiment dire que la ville soit « belle », mais son architecture complètement WTF lui donne un certain charme, entre ses immenses édifices d’inspiration a 300% communiste, ses « Champs Élysées » (appellation revendiquée) qui nous ont plutôt fait penser a la Karl Marx Allee de Berlin, ses rues presque paisibles du centre-ville et, bien sur, le Mékong dont on ne se lasse toujours pas. Une capitale à voir donc, si l’on a suffisamment de temps pour y trainer !
 
Demain, départ pour un nouveau pays et une nouvelle ville (et nouveaux projets?) : Phnom Penh !

 

De Bangkok à Vientiane : retour sur un mois de voyage – 1ère partie (Thaïlande)

Nous vous avions laissé.e.s, il y a quelques semaines, avec nos premières impressions sur notre première étape, Bangkok. Nous sommes maintenant installées dans une autre capitale…  celle du Laos ! Mais avant de vous parler un peu plus longuement de Vientiane (un coup de cœur pour nous), retour sur notre périple du sud de la Thaïlande au Laos. Soit un mois à vous raconter, donc on va faire ça en deux fois !

Pour commencer, sachez que notre itinéraire est actualisé au fur et à mesure sur cette carte (ainsi que sur la page d’accueil de notre site). Vous y apprendrez que nous avons par exemple fait un court détour par Pattaya dont nous ne parlerons pas sur ce blog tant il n’y a rien à en dire, à part que l’endroit est fidèle à sa réputation…

Après trois semaines à Bangkok (et le tournage de notre épisode #2, le tout dernier jour, en ligne ici), nous sommes descendues dans le sud du pays. En train d’abord, jusqu’à Prachuap Khiri Khan. Une petite station balnéaire épargnée par le tourisme de masse, au charme un peu désuet, au cœur d’une baie magnifique. Au programme, du calme, de la plage, un peu de montage vidéo, des resto de fruits de mer, des chats siamois, un marché de nuit à tomber par terre (et encore, on a pas pu tout goûter), et du vélo !

Le chat du café du coin

Avec un bémol : on logeait un peu loin du centre et la route était particulièrement squattée par les chiens errants, tout gentils et inoffensifs en journée et qui semblaient n’avoir qu’un seul loisir à partir de 18h : poursuivre les vélos, surtout les vélos qui grincent… Après une bonne frayeur (c’est pas passé loin du mollet) et un gros sprint, on a opté pour un bâton de bambou que nous emportions à chaque fois que nous partions pour la journée. Avec l’espoir de ne pas s’en servir tant pour eux que pour nous, mais pour avoir de quoi leur faire peur. La loose quand même, non ?

A part ça, Prachuap Khiri Khan est juste un paradis pour rouler, peu de circulation, petite ville, routes en bon état et larges.

Le paradis des vélos !

Nous avons ensuite continué notre route vers le sud.

En bus, pour un très loooong trajet. Mais une sacrée expérience, vu qu’on a pris un bus quasi-exclusivement emprunté par les locaux (il existe de tout, du bus « VIP » pour les touristes à ceux plus rudimentaires mais pas si terribles). Il faut savoir une chose, c’est qu’en Thailande, l’achat d’un ticket de bus inclut une pause déjeuner. C’est ainsi qu’après quelques heures de trajet, notre bus s’est arrêté dans une sorte d’aire de repos et nous avons été invitées à nous installer à une grande table avec les autres passagers, avec différents plats à partager – riz avec légumes, viande, poisson, un curry bien relevé… bref pas mal de choix, y compris pour nous végétariennes. Et deux grands-mères comme voisines de tables, revenant de Bangkok après un dernier hommage à leur roi défunt (nous étions en Thaïlande pendant sa crémation), qui semblaient trouver très intéressant et drôle de nous voir tester tout ça ! Le trajet jusqu’à Phuket aurait été parfait si, en toute fin de voyage, l’une d’entre nous n’avait pas mangé des chips infestées de fourmis (il faisait noir aussi!), ce qui nous a valu une arrivée mouvementée… On n’en dira pas plus.

Phuket, donc. Honnêtement, on aurait aimé faire d’autres étapes avant, passer du temps dans les îles, etc… mais notre problème est qu’étant parties pour un an nous sommes assez chargées (un gros sac à trimballer en plus de nos sacs de voyage respectifs), ce qui nous limite plus que nous le pensions. Pour la suite du voyage, nous suivrons notre idée initiale : nous établir dans des bases pour trois, quatre semaines et bouger autour… Mais revenons à Phuket : une bonne surprise pour nous ! Après quelques lectures, nous nous attendions à un endroit quelque peu défiguré par le tourisme… et c’est le cas, du moins de ce que nous en avons vu en traversant l’île pour rejoindre une plage. Sans doute existe-t-il des coins encore préservés, mais nous n’avons pas assez trainé pour les découvrir… Non, la bonne surprise est venue de la ville de Phuket, moins connue, agréable et surprenante d’un point de vue architectural de style ‘sino-portugais’, avec pas mal de bonnes petites adresses de cafés, de bars (dont certains carrément étranges, voir photo) sans oublier le Sang Tham Shrine, un petit temple chinois « caché » au fond d’une impasse dans la vieille ville, particulièrement classe.

Anfield à Phuket

Le Sang Tham Shrine

Après ces quelques jours, nous avons mis tous nos principes de côté et… pris un avion pour le nord de la Thailande, chose que l’on souhaite évidemment faire le moins possible. Mais la fête des lumières nous attendait à Chiang Mai, et la perspective de traverser le pays (1.500 kilomètres quand même) avec toutes nos affaires… Solution de facilité qui ne nous empêchera pas d’avoir quelques « galères » dans les jours qui ont suivi, mais nous ne le savions pas encore !

Quand on y repense avec un peu de recul, tout a commencé à l’aéroport, lorsque la sécurité nous a confisqué notre batterie solaire. Qui a voyagé sans problème de Paris à Bangkok, mais n’a pas passé le premier contrôle ici au nom d’une obscure réglementation (les batteries portables sont autorisées en avion en-deçà d’une certaine capacité, la nôtre était parfaitement dans la limite mais nous n’avons pas pu le « prouver »). Rien de grave, que du matériel, mais du bon matériel tout de même, dans lequel nous avions investi pour la recharge de nos accessoires de tournage. Enfin…

Arrivées à Chiang Mai, nous débarquons dans un appartement pourri, un vrai taudis et une belle arnaque. Après une courte nuit nous parvenons à nous faire rembourser (à coup de photos en guise de preuves) et trouvons une petite guesthouse pour quelques jours, puis une autre, tout étant quasi-complet à cause de la fête des lumières et des lanternes, Loy Krathong. Mais on se débrouille ! Jusqu’au moment de quitter la ville pour le Laos, le bus que nous devions prendre direction la frontière étant complet, comme tous les bus ce jour là. Il faut nous voir, après avoir bien galéré à rejoindre au petit matin la station de bus (située à plusieurs kilomètres de la ville), apprendre qu’il n’y a plus aucun bus, essayer de trouver une solution au bureau « information » avec une employée qui nous interrompt au bout de quelques secondes – « one moment please », il est 8h, tout le monde se fige : c’est l’heure de l’hymne national retransmis par haut-parleurs – et finalement nous résigner à passer une journée et une nuit dans un hôtel miteux (mais drôle, une sorte d’ancien palace chinois à l’abandon, majestueux mais complètement défraichi avec certains étages à l’abandon) du terminal de bus pour partir à la première heure le lendemain matin. 24h totalement WTF passées en grande partie dans le grand mall ultra-moderne d’à côté qui, il faut bien le dire, nous a sauvé notre journée (surtout son bar à vin avec plateau de fromages… oui, c’est mal).

Sinon, nous avons été plutôt très partagées sur Chiang Mai. Loy Krathong fut une expérience géniale. Nous avons assisté au lancer des lanternes d’un rooftop d’un pub australien idéalement placé au cœur des festivités, c’était très beau et un peu fou.

Après le lancer de lanterne, la parade

Par contre, nous n’avons pas spécialement apprécié la ville, vraiment trop touristique (dans la vieille ville, une maison sur deux est une guesthouse, on exagère à peine) et à la circulation compliquée. On peut y faire du vélo (et en trouver à louer) sans problème, et c’est très agréable si on en fait pour se promener, une heure ou deux dans un quartier donné. Par contre, se déplacer tous les jours à vélo, traverser cette sorte de périph’ intérieur qui fait le tour de la vielle ville en suivant les remparts, c’était assez sportif. D’ailleurs, on a vu assez peu de touristes s’y risquer et certain.e.s n’avaient pas l’air franchement rassuré.e.s. On a aussi attrapé un sacré mal de tête à cause de la pollution en revenant d’une balade en fin d’après-midi, tellement la ville était embouteillée, et avec la chaleur en prime… Peut-être l’était-elle plus que d’habitude en vue de la fête des lumières, mais nous sommes tout de même restées une semaine et n’avons pas vu beaucoup de changement. Ni de cyclistes ! Rien n’est fait pour le vélo – nous avons aperçu quelques marquages au sol sur cette fameuse trois voies autour des remparts… marquages en fait en plein milieu de la route et donc des voitures, absolument pas une piste séparée. Les locaux roulent en (grosse) voiture ou en scooter, comme les touristes, et on a d’ailleurs vu un sacré nombre d’écloppé.e.s avec de grosses brûlures sur les bras et les jambes.

Passage obligé pour rejoindre la vieille ville à Chiang Mai (et là, c’était calme)

Comme à Bangkok, à moindre échelle bien sûr, la ville est de plus en plus étalée avec zones commerciales et industrielles en périphérie, et pour autant très vite congestionnée dans le centre, aucune alternative aux transports motorisés n’y étant encouragée. Une trajectoire classique dans l’histoire récente de l’urbanisme en somme, et sans vouloir faire des comparaisons qui n’ont pas lieu d’être, difficile de ne pas penser à tout ce que nous dénoncions dans une autre région du monde avant notre départ – et sans doute après –  avec d’autres cyclistes militant.e.s… En essayant de comprendre le contexte local bien sûr, Chiang Mai n’ayant par exemple pas vraiment d’autres choix que d’organiser sa circulation autour de grands axes : comme à Bangkok là encore, les quartiers de la ville sont organisés autour de soi, ces ruelles secondaires pas forcément reliées entre elles, qui donnent à ces quartiers un charme particulier mais se heurtent forcément à la généralisation de la voiture comme moyen de transport.

C’était le point ‘déprime’.
Parce-que sinon nous avons tout de même visité des temples très impressionnants, fait de belles ballades dans certains quartiers plus calmes, et surtout super bien mangé… Chiang Mai était le paradis des végétarien.ne.s. « Spéciale dédicace » au restaurant de la guesthouse vegan et végé Green Tiger, notre cantine pendant une semaine.

Riz sauté aux légumes, salade de papaye, pad thai de folie, curry vert… et kombucha maison, c’est simple, on a tout testé ou presque.

Et pour finir cette première partie, Chiang Khong, dernière étape thaïlandaise avant le Laos, où nous avons passé une nuit dans une charmante petite chambre avec vue sur le Mékong. Mékong que nous n’aurons pas fini de voir puisque nous voilà parties pour deux jours de bateau et là, on en a pris « plein les mirettes » comme on dit (ou pas). Mais avant de monter sur le bateau, il a fallu traverser le pont de l’amitié jusqu’au poste frontalier et accomplir les formalités pour le visa. Et franchement, tout s’est très bien passé, nous avons obtenu le précieux tampon sans difficultés et plutôt rapidement, avant de monter avec un groupe de touristes chiliens, italiens, américains, suisses (avec qui nous trinquerons plus tard « à la francophonie », et oui, ça arrive), que nous côtoierons pour les prochaines 48h. Les « mauvaises vibes » laissées derrière nous, nous voici en route pour notre première étape laotienne… Luang Prabang !

A suivre…

 

 

 

Hello, Bangkok !

Bonjour à tou.te.s !

Nous vous avons laissé.e.s un petit moment sans nouvelles… une semaine exactement, le temps de nous acclimater à notre première ville, et quelle ville !

Il nous a fallu un peu de temps pour atterrir, s’habituer à la chaleur (humide, tout le contraire du temps sec et frais qu’on a eu avant de partir), prendre le rythme, comprendre la manière dont fonctionne cette mégalopole, très étalée dès lors que l’on décide de sortir des quartiers touristiques, bref : on savait qu’on allait être surprises, et on l’est !

 


« Bangkok, on adore ou on déteste »,
c’est ce qu’on a lu dans divers guides ou blogs. Nos premières impressions sont moins radicales : énervante par certains aspects, géniale la plupart du temps.

 Commençons par le plus « surprenant », et pour ça, il faut qu’on vous parle de notre quartier actuel. Après quelques jours dans une guest house toute mignonne située dans un quartier assez populaire et traditionnel relativement proche des principaux sites touristiques, nous changeons de rive et débarquons à Thonburi, dans le sud-ouest de la ville, dans un quartier qui résume assez bien nos sentiments après seulement 8 jours passés ici : un mélange hyper enthousiasmant mais bizarre entre ce que l’on imagine appartenir au Bangkok « ancien » et un saut dans la modernité et l’ultra-capitalisme. Loin de nous, en tant qu’occidentales, l’idée de vouloir juger cette tendance hein… c’est juste que c’est très prégnant, et que notre récit serait biaisé si l’on ne vous partageait pas ce ressenti.

Nous vivons actuellement dans un condo. Une grande tour ultra-moderne avec salle de sport toujours très fréquentée (on y fait de la course sur tapis roulant en profitant d’une vue sur tout Bangkok), une piscine sur le toit, un « social club » (comprendre espace de travail avec bibliothèque et billard), un supermarché et un café très hype au rez-de-chaussée… Le tout super propre et réglementé, il est interdit de manger, de boire ou de fumer (nous y reviendrons) dans toutes ces parties communes. L’immeuble fait partie d’un ensemble de tours du même genre situé à côté du BTS, le Skytrain qui survole une autoroute urbaine rejoignant le(s) coeur(s) de la ville sur l’autre rive. Mais il suffit de prendre la direction opposée pour se retrouver dans un quartier plein de charme quadrillé par de petits canaux, de ruelles encombrées d’étales et de stands de street food à perte de vue… Et là, on en prend très vite plein les yeux, pas plus tard qu’hier soir, lorsque l’on s’est perdues dans le marché de Talat Phlu, installé autour d’une voie de chemin de fer, pour gouter quelques mets locaux juste délicieux en regardant de vieux trains passer régulièrement au milieu des stands, le tout dans une effervescence dingue.


                                             vue de notre appart’

Ce mélange, c’est un peu comme ça, tout le temps. Y compris dans les attitudes, du moins ce qu’on en perçoit : autant, vivre à coté d’autoroutes urbaines ultra-fréquentées semble ici représenter le comble de la modernité (dans notre quartier du moins), autant fumer une cigarette en bas de l’immeuble peut vous valoir un regard noir… (probablement dû à une politique gouvernementale anti-tabac très répressive, l’usage de la cigarette électronique – nous n’avons pas vraiment su pourquoi – étant même passible d’une peine de prison). Autre facette surprenante : nous sommes en octobre 2017, soit… un an pile après la mort du roi Bhumibol, donc en plein milieu d’un deuil national et des préparatifs de sa crémation (prévue le 26 octobre) qui sont, comment dire, partout et surtout sur les écrans, ceux du supermarché comme ceux du métro qui passent en boucle des images d’archive sur le roi défunt…

Bangkok n’usurpe pas sa réputation : on ne s’y ennuie jamais. Depuis 8 jours que nous parcourons la ville, nous avons découvert des quartiers fantastiques – avec un coup de coeur sur les quartiers indien et chinois en particulier, immense, à l’architecture incroyable, de ses temples aux grandes maisons colorées, sans parler de ses restaurants fastueux et là encore de sa street food, de ses ateliers d’un autre âge coincés entre deux ruelles sombres en passant par une rangée de bars à bières locales artisanales et autres cocktails, parenthèse totalement hipster en remontant vers la gare Hua Lamphong…

Il faut aussi que l’on vous parle de l’organisation de la ville et de la circulation, là aussi surprenante. Si Bangkok se traine le cliché d’une ville ultra-polluée (pas faux) par la voiture, il suffit parfois de s’éloigner d’une énorme route à 4 voies pour tomber dans un quartier aux airs de village paisible et calme aux rues trop étroites pour que les voitures s’y aventurent. Les motos y prennent le relais, certes, mais jamais de manière insistante ou dangereuse. De manière générale, très, très peu de coups de klaxon et encore moins d’animosité. En fait, le gros problème, ce sont les carrefours. Autant il est facile de marcher dans un quartier sans être embêté.e par la circulation, autant parfois, on débouche sur un axe important et là, bon courage pour traverser : les feux, quand ils existent, sont trèèèèès longs (et pas en faveur des piétons), il faut souvent prendre son courage à deux mains et se lancer dès que possible. Pas très agréable, mais on oublie tout ou presque en découvrant un nouveau spot de street food ou un temple incroyable.

 

 

Et puisque l’on parle de circulation, parlons vélo (forcément!) : là, ok, c’est hyper compliqué. Non pas pour rouler – tant que l’on évite les gros axes – mais surtout pour en trouver à louer ! En même temps, on imagine que la demande est quasi-inexistante, au vu des distances à parcourir et, il faut bien le dire, de la circulation (nous pouvons affirmer sans fausse modestie que nous sommes,  en roulant quotidiennement à Paris, bien plus entrainées que la plupart des touristes). Il est bien plus facile et agréable de se déplacer en métro et, surtout, en bateau, vrai moyen de transport utilisé par les locaux dont nous avons abusé les premiers jours ! Pour l’instant, nous avons pu trouver des vélos ponctuellement, en négociant avec une guest house qui en mettait à la disposition de ses clients) ou alors dans un coin plus adapté au vélo (Bang Krachao, le « poumon vert » de Bangkok) où nous avons trouvé des locations. Il y a bien des vélos partagés type vélib, mais il faut un abonnement et, pour cela, accomplir un certain nombre de formalités. Nous aurons peut-être plus de chance dans les prochains jours !

Au programme, pour la suite : encore quelques jours à Bangkok avant une escapade dans le golfe du sud-est de la Thaïlande sur une ile au large de Pattaya puis un retour rapide à Bangkok pour le tournage du prochain épisode de rrride, avec un très beau projet à vous faire découvrir.

A très vite !

J-7 avant… Bangkok !

Ça se rapproche ! Dimanche prochain, nous nous réveillerons à Bangkok, première étape de notre projet, rrride. Et première étape pour nous en Thaïlande, que nous allons parcourir pendant un peu plus de 6 semaines du sud (jusqu’à Phuket) au nord (Chiang Mai) avant de filer vers le Laos par le Mekong. (oui, en bateau !)


Bangkok abrite une bonne petite communauté cycliste. On a listé un certain nombre de clubs, collectifs et « cafés-vélos » qu’on a hâte de découvrir… Le parfait moyen de rencontrer des cyclistes et de suivre l’actu de ce petit monde du vélo ? Hâte aussi de pouvoir rouler à nouveau, nos propres bécanes étant désormais bien rangées dans un garage quelque-part dans le nord de la France…

Pendant un an, suivez nos aventures à deux-roues sur ce blog, notre page facebook et bien sûr en vidéo ! Si vous l’aviez manqué, notre épisode zéro, dans lequel nous suivons un groupe de femmes apprenant à faire du vélo grâce à l’association AICV, basée le long du canal de l’ourcq à Paris, est déjà en ligne, ici ! Et un second épisode parisien sera publié d’ici quelques jours…

To be continued !

Nathalie & Camille