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De Phnom Penh à Hanoï : derniers tours de roues en Asie du Sud-Est !

« Thaïlande, Laos, Cambodge, Vietnam. Pour commencer » ! Comment de fois en a-t-on parlé, bien avant notre départ, de ces quatre pays que nous allions visiter en six mois, pour première partie de notre voyage ?

Et nous sommes aujourd’hui à Hanoï, notre dernière base dans ce coin de l’Asie avant de partir pour… Hong-Kong ! Alors non, ce n’est pas très loin (deux heures d’avion), mais Hong-Kong marque pour nous le commencement d’une deuxième partie qui promet d’être bien différente :

1. notre rythme va changer (nous abandonnons notre système de « ville-base » et serons bien plus itinérantes),
2. notre environnement direct va évidemment beaucoup changer avec un itinéraire qui passera par le Japon, la Corée du Sud ou encore la côte californienne,
3. notre quotidien de cyclistes va définitivement changer, même si certains « désagréments » risquent de revenir ici et là (voir plus loin).

Mais revenons d’abord un peu en arrière !

Du Cambodge au Vietnam…

Nous vous avions laissé.e.s à Phnom Penh, en vidéo (si vous n’avez pas vu notre dernier épisode, le rattrapage c’est par ici), où l’on revenait sur la place du vélo au Cambodge et sur nos difficultés à mener à bien notre objectif : rencontrer des porteur.se.s de projets, filmer ces initiatives « à deux-roues » qui, de Paris à Bangkok*, portent un message de changement. En cela, Phnom Penh devait être pour nous une étape plutôt facile, puisque nous avions repéré et même échangé avec quelques ONG qui ont, sur le papier du moins, tout saisi du potentiel émancipateur du vélo, surtout pour les plus précaires et les plus dépendant.e.s – les femmes, et les jeunes. Un vélo permet de monter un petit commerce ambulant, décuple les possibilités de déplacement, rend accessible l’école trop éloignée en zone rurale, donne de l’indépendance, permet d’économiser de l’énergie (humaine)… Malheureusement, nos divers interlocuteurs, bien silencieux depuis notre arrivée dans le pays, n’ont fait que repousser pour mieux esquiver nos demandes de rencontre, ou alors nous ont reçues pour mieux nous oublier ensuite (jusqu’à prétendre avoir perdu les notes prises pendant notre entretien, oui, oui!). Nos perspectives de tournage se sont éloignées, même si nous avons pu, juste avant notre départ du pays, tourner quelques images dans un centre de formation qui avait justement reçu, pour ses apprenant.e.s, des vélos d’une de ces ONG (qui nous avait mis un vent, donc). Rien de bien grave, disons que la période nous aura permis d’apprendre à faire le tri entre toutes ces organisations, très, très nombreuses à Phnom Penh, dont nous ne doutons pas que certaines font du boulot sérieux, tandis que d’autres ne jouent franchement pas le jeu de la transparence.

Notre période au Cambodge aura bousculé la réalisation de nos épisodes mais nous aura aussi et surtout marquées dans notre voyage. On ne va pas faire dans la politique de comptoir, mais après la Thaïlande, assez riche (et royaliste), le Laos, magnifique mais très, très pauvre, communiste et sous très forte influence des capitaux chinois (qui construisent barrage sur barrage sur le Mékong), le contexte historique et politique du Cambodge est lui aussi très complexe, et certaines de nos aventures nous ont laissées perplexes ! C’est un régime autoritaire, avec foule de petits pouvoirs, ce qui peut être pesant… Nous avons plusieurs fois été confrontées à un personnel qui peut se révéler suspicieux même auprès des touristes dans les lieux les plus touristiques. Eexemple : au troisième et dernier jour de notre visite aux temples d’Angkor, nous avons été brièvement accusées d’avoir échangé nos tickets avec quelqu’un d’autre, car le garde a trouvé suspect que nous laissions passer quelques jours entre nos 2ème et 3ème jours de visite (alors que nos tickets nous donnaient le droit de les étaler sur dix jours). Il a voulu tout savoir de notre programme et de l’endroit où nous logions… Un seul crédo face dans ce genre de situation : *rester calme* (pas toujours facile). Inutile de dire que le comportement de cette petite caste n’est absolument pas représentatif : malgré quelques difficultés de communication, nous avons toujours été très bien accueillies au Cambodge !

Autre facette du pays qui nous a sauté aux yeux : son ouverture économique très rapide, et l’absence totale de régulation avec pour conséquence une très forte croissance des inégalités les plus visibles : des starbucks ultra-modernes poussent dans les quartiers des classes moyennes et supérieures quand, dans certains coins du plein centre, de nombreux enfants des rues (sur)vivent dans des conditions indignes, et côtoient les victimes du tourisme sexuel, officiellement condamné mais qui a pignon sur rue – nous avons passé une semaine dans une guesthouse, dans une rue où tous les bars étaient des bars à « hôtesses ».

Cette absence de régulation se traduit aussi très fortement d’un point de vue environnemental par une gestion catastrophique des déchets et surtout du plastique qui a envahi les campagnes…

Bon, attention, nous aurons aussi beaucoup de très bons souvenirs du Cambodge, en commençant par les temples d’Angkor,  magnifiques, vraiment une très grosse claque, nos quelques jours de glande calme à Battambang dans l’Ouest du pays, et bien sûr, la capitale, Phnom Penh, qui peut être épuisante – les rues sont étroites, la circulation dense, la poussière et la pollution omniprésentes – mais qui est tout de même extraordinaire. On ne peut la décrire autrement qu’avec des qualificatifs dignes du Lonely Planet… : « colorée », « vivante », « surprenante », « on ne s’y ennuie jamais », et c’est tellement vrai ! Il nous arrivait souvent de débriefer après un trajet à vélo à doubler des tuk-tuk flamboyants (oui, ils sont tous customisés), des magasins ambulants de toute sorte (vous n’imagineriez jamais ce qu’on peut vendre sur un vélo ou une moto), à observer des chapiteaux installés dans la rue pour célébrer un mariage ou encore des scènes incroyables de karaoké… On se disait, « dans quelques mois, ça nous paraitra dingue » ! Spoiler : c’est déjà le cas, même si le Vietnam nous réserve d’autres surprises.

Fin février, nous avons quitté Phnom Penh en bus jusqu’à Ho Chi Minh. Un trajet sans encombres, aucun problème au passage de la frontière, et nous avons même pu faire passer nos deux vélos pliants, nos petits bébés achetés sur un marché dès nos premiers jours au Cambodge et que nous n’avons pas voulu abandonner (et puis ils sont tellement pratiques.) Ça s’est gâté à notre arrivée à Ho Chi Minh, puisqu’il ne s’est pas passé une heure avant que l’on ne se fasse voler (des đồng, par un chauffeur de taxi qui a profité de notre méconnaissance des billets et est parti très vite). C’était le premier vol de notre voyage… et pour l’instant le dernier. Passée cette première impression, nous aurons passé un bon moment au Vietnam, étape que l’on appréhendait honnêtement un peu après avoir lu, entendu des témoignages de voyageur.se.s… Tout n’est pas faux, et il est vrai qu’on ne s’est pas toujours senties les bienvenues partout, mais globalement, nous avons été charmées !

Première chose, la communication est globalement plus facile avec les locaux, curieux, ouverts à la discussion et surtout qui parlent mieux anglais. Et ça, ça nous a vraiment fait du bien. Deuxièmement, nos deux bases successives, Ho Chi Minh et Hanoi, sont de très belles villes (ou plutôt mégalopoles), chacune dans leur genre. La première nous aura mises à rude épreuve, surtout par sa circulation et son flot continu de motos (on en compte 9 millions). Être coincées au feu dans un bouchon de deux-roues motorisés, sous minimum 30 degrés, entre les pots d’échappement… *rester calme*, bis ! Mais quand même, avec ses larges avenues, ses petits cafés bondés, ses anciens marchés et ses gratte-ciels, la ville a vraiment quelque-chose.

Quant à notre base actuelle, Hanoï, que nous avons rejoint après un très, très long trajet sur la ligne mythique du train de la réunification (1.700 kilomètres, 33 heures), nous y avons redécouvert la notion de fraicheur – un petit 25 degrès en moyenne – et surtout d’ESPACE. D’espaces verts, avec des parcs, de vrais et beaux parcs, des lacs, très nombreux et mis en valeur. Chaque week-end, les rues autour du lac Hoan Kiem, au cœur de la ville, sont même piétonisées. A Hanoi, on respire : la circulation est toujours aussi terrible, mais les échappatoires sont nombreux. On oublie la pollution, aussi.. sauf la pollution sonore, qui, ne mâchons pas nos mots, est juste atroce.

Ce qui nous amène à la dernière partie de ce post : parcourir toutes ces grandes villes à vélo, ça donne quoi ?

… et des centaines d’heures (au moins!) à vélo !

Celles et ceux qui nous connaissent bien savent que l’une comme l’autre avons fait du vélo notre mode de transport quotidien à Paris. Et l’idée, c’était de faire pareil ici. C’est même indispensable à notre projet, sans quoi nous ne pourrions comprendre ce que c’est que d’être cycliste dans tel ou tel endroit du monde. Et puis, c’est tellement mieux et pratique pour visiter une ville. (Et puis, et puis, et puis… On vous épargne le plaidoyer. Pour l’instant.)

On peut donc dire qu’on a bien exploré tous nos points de chute, et si l’heure n’est pas au bilan, on peut quand même en tirer quelques observations. Tout d’abord, après les capitales Bangkok et Vientiane, qui laissent une très large place aux voitures (seule la première, que nous avons paradoxalement beaucoup aimée, a construit les infrastructures en conséquence pour en faire un modèle du tout-voiture, point noir de la ville), nous sommes entrées, au Cambodge et surtout au Vietnam, dans un autre monde : celui des motos. Les deux pays n’ont pour autant rien à avoir : la circulation est disons… bien plus rude au Vietnam. Entendons-nous bien : à Phnom Penh, rouler demande encore plus qu’ailleurs une attention de chaque instant pour déjouer tous ses pièges : nid-de-poule, chaussée rafistolée avec du gravier, feux inexistants ou presque, sens interdits jamais respectés, tout peut arriver, tout le temps ! On a vu un sacré nombre d’accidents… (pas nous – à part une chute à l’arrêt sur un parking, on ne dira pas de qui)

Ho Chi Minh et Hanoi font mieux sur tous ces points ou presque, mais le trafic est bien plus dense, et les contacts avec les autres usagers, plus difficiles. Ici, on ne nous regarde plus tellement avec étonnement, mais on ne peut pas dire que l’on se sente pour autant les bienvenues sur la route. Pour plusieurs raisons, la principale étant qu’il y a un véritable problème avec le klaxon. Et dire qu’on trouvait que ça klaxonnait beaucoup au Cambodge… On a beau lire dans des guides et divers blog que « ça fait partie du charme », nous qui roulons tous les jours, on ne s’y fait vraiment pas et on ne s’y fera jamais. On sait qu’il ne faut pas toujours l’interpréter comme un signe d’agressivité – le plus souvent, le klaxon est là pour avertir de sa présence (il n’est pas rare de voir un scooter klaxonner 10 fois en quelques secondes alors qu’il n’y a personne à l’horizon). Mais, c’est aussi, parfois, une façon de dire « dégage de ma route », surtout quand on est à vélo ou à pied (les piétons n’ont jamais la priorité). Il est même arrivé qu’un mec à moto nous siffle en nous faisant signe de dégager parce-que nous étions sur son chemin. Tout ça devient très fatiguant et on vous mentirait si on vous disait qu’on a jamais eu envie de crever des pneus. A la place, on boit des bières…

Autre aspect pesant, l’impossibilité de garer son vélo où l’on veut. Chose commune à tous les pays que nous avons visité, un phénomène que l’on pourrait appeler « privatisation de l’espace public » : quand vous attachez votre vélo quelque-part, il y a 9 chances sur 10 pour qu’une personne débarque de nulle part et vous demande de payer. En gros, ce sont des parkings improvisés. Et sans doute rendu nécessaires par le nombre de motos en circulation, mais pour nous, cyclistes, c’est lourd. On a en plus remarqué une tendance généralisé des gardien.ne.s de parking à triporter nos vélos dès que nous avons le dos tourné (rappelez-vous, ce sont nos petits bébés!), à les déplacer sans aucune raison apparente, voire à les essayer… rrrrhhhh. Et nous n’en avons pas fini avec cet aspect, puisqu’à Hong-Kong, la police confisque très facilement tout vélo garé en dehors des stationnements prévus, tout comme au Japon où tout cela parait également très compliqué – il nous faudra d’ailleurs aller déclarer nos vélos avant de pouvoir les utiliser.

On finit ce post avec une annonce : la sortie de notre prochain épisode est pour très bientôt. Vous nous suivrez à Kuala Lumpur, que nous avons visitée pour quelques jours au début du mois de mars, et tout était trèèès cool : la ville, l’ambiance (on peut dire que nous avons été dépaysées) et la petite mais active scène cycliste, avec un super projet à la clé !

*revoir notre épisode sur 3CProject, ce groupe citoyen qui œuvrent pour la réhabilitation des canaux de Bangkok… en y construisant des pistes cyclables !