Aaaah Shanghai… Une étape prévue depuis bien, bien longtemps dans nos préparatifs de voyage – même si nous avions hésité avec Taiwan ! Maintenant que nous l’avons quittée pour notre base suivante (Osaka, Japaaaan), revenons un peu sur cette ville mégalopole de 24 millions habitant.e.s (70 millions sur l’agglomération)… et presque autant de vélos partagés !

Mais au fait, les vélos partagés, c’est quoi ? Lectrices, lecteurs de Paris, Lille, ou encore Reims, ça va peut-être vous sembler étrange, vous qui avez récemment vu arriver ces vélos « flottants », qui se géocalisent et se louent avec une appli (vous savez, ceux-là même qui ont déjà connu pas mal de problèmes en France.)  De notre côté, nous sommes parties juste avant leur démarrage et n’en n’avions jamais testé avant notre récent périple à Kuala Lumpur… Mais c’est à Shanghai que nous avons véritablement pu observer une ville toute entière tournée vers ce modèle. Nous n’en avions jamais vu autant, et de toutes les marques ! Disons-le tout de suite, c’est d’abord très impressionnant, d’autant plus que les gens les utilisent vraiment (même si l’offre dépasse largement la demande, nous y reviendrons).

Et pour cause : contrairement à ce qu’on aurait pu imaginer, il est assez facile de circuler à vélo à Shanghai, tant que l’on reste à l’écart des plus gros axes : le trafic intra-urbain est plus que raisonnable, les voitures et scooters  (électriques) respectent à peu près les feux – sauf pour tourner, mais après un mois et demi au Vietnam, nous sommes prêtes à tout pardonner… Les rues sont larges et il y a des pistes cyclables. ET la flotte de vélos est globalement maintenue en bon état.

Alors, qu’est-ce qui cloche ? Ben, on sait pas vous, mais une ville où on voit beaucoup plus de vélos partagés que de « vrais vélos » dans les rues, ça nous laisse un peu perplexes, et ce pour plein de raisons, que nous avons essayé de compiler ici.

  1. Trop, c’est trop ! 
Ofo, Gobee, oBike, GoBike… Shanghai nous a immédiatement donné l’impression d’être le terrain de jeu idéal de toutes les entreprises existantes sur ce marché, et elles sont nombreuses. Électriques ou non, il y en a de toutes les couleurs et pour tous les goûts, partout. PARTOUT. Si les usagers peuvent théoriquement les abandonner n’importe où (c’est un peu le principe) du moment que le stationnement n’est pas gênant, il y en a tellement qu’il a fallu dédier des espaces publics – le plus souvent, des trottoirs – à leur stationnement. Ce qui donne des scènes hallucinantes de trottoirs devenus impraticables, occupés par des centaines de vélos. Et ce n’est que la partie « visible » du problème, puisque l’on sait des cimetières de vélos définitivement abandonnés fleurissent en Chine.


  1. Où sont les « vrais vélos » ? 
C’est vrai, utiliser les vélos partagés, ça peut être très pratique. Nous en avons nous même testés à Kuala Lumpur, et ça nous avait bien dépannées. C’est assez bon marché, on a pas besoin d’avoir un local vélo chez soi, et – à Shanghaï du moins – il y en a littéralement à tous les coins de rues. De là à devenir la norme ? Non, par pitié ! Quoi de plus triste qu’une ville où ses habitant.e.s n’ont plus de vélos à eux, de toutes les sortes, des rigolos, des bien entretenus ou des complètement WTF ? Quel plaisir au contraire, comme c’est le cas au Japon (on vous en parle bientôt), que de découvrir les propriétés à deux-roues des habitant.e.s d’une ville ? Les vélos sont souvent le reflet des habitudes, voire de l’inventivité des locaux, et on peut en apprendre beaucoup sur une ville rien qu’en prenant le temps de les regarder (oui, vraiment) ! Que serait Amsterdam sans ses vélos hollandais souvent complètement « déglingues » – du moment que ça roule… ou Osaka sans sa collection de mini-vélos passe-partout ? Nous aurions aimé voir un peu moins de Obike et un peu plus de ces vélos vintages mythiques de marque Phoenix (fondée à Shanghai).

  1. Où sont les magasins de vélos ? 
Qui dit de moins en moins de « vrais » vélos, dit disparition progressive des commerçants ! Ok, nous nous basons ici sur notre propre ressenti, pas sur une étude… Mais nous nous sommes vraiment posé la question. Où sont les marchands, les réparateurs de vélos de proximité ? Pendant nos balades, ou dans le quartier (assez central) où nous logions, nous n’en avons pas vu un seul. Est-ce une conséquence directe de la domination des vélos partagés ? Nous y voyons forcément un lien…

  1. Quelle offre pour les touristes ? 
Si nous étions restées plus longtemps à Shanghai, nous aurions sans doute été un peu plus persévérantes. Mais c’est quand même dommage qu’une ville aussi cyclable sur le papier ne développe pas une offre un peu plus accessible aux personnes de passage ! En effet, pour pouvoir louer un vélo Ofo ou GoBee, il faut logiquement : un téléphone, une appli… et internet. Or, comment fait-on quand on n’a pas accès à un wifi public et qu’on ne veut pas dépenser une fortune en activant ses données à l’étranger ? Réponse : on achète une carte sim, enfin, une par personne. Simple dans une ville comme Kuala Lumpur, où nous en avions trouvé très facilement un peu partout et avions pu louer des vélos cinq minutes plus tard. A Shanghai, cela s’est révélé très compliqué et même, pour nous, impossible. Si vous lisez ce blog et prévoyez de visiter prochainement la Chine, nous n’avons qu’un conseil à vous donner : ne faites pas la même erreur que nous, ne loupez pas le coche : achetez une carte sim à l’aéroport international ! Vous n’en trouverez pas en ville ensuite, sauf à avoir envie d’attendre des heures (nous sommes parties au bout d’une demi-heure) dans un des magasins de l’unique compagnie téléphonique du pays, et ce sans garantie de succès (notre voisin de salle d’attente, qui nous a gentiment renseignées, n’était pas très optimiste pour nous). Et malheureusement, si vous ne pouvez pas vous servir des vélos partagés, il ne vous sera pas plus aisé de louer un vélo classique à Shanghai, l’offre étant très ciblée sur les vélos plus haut-de-gamme, type semi-course ou rando. Pas le même budget !

  1. Le vélo « jetable »…

… c’est juste tout le contraire de l’esprit vélo ! Ce n’est pas propre à Shanghai, mais le modèle atteignant ici son paroxysme, cela nous a encore plus sauté aux yeux : pour nous, ce modèle n’est ni durable, ni souhaitable.


© Fang Dongxu/SIPA ASIA/SIPA

Au contraire, en tant qu’usagères (oui, cher correcteur, nous souhaitons féminiser ce mot), rien de tel que de choisir son petit vélo adoré, celui qui nous suivra dans toutes nos aventures et explorations urbaines… Un pneu dégonflé, une crevaison ? Ça se répare et ça permet de discuter avec le réparateur du coin pendant qu’on emprunte sa pompe à vélo ! Bref, on en prend soin et on l’aime, même avec sa petite rayure sur la jante arrière… D’un point de vue plus global, pas la peine de vous faire un dessin pour vous démontrer que la fabrication à grande échelle de vélos qui ne seront jamais reversés, comme c’est le cas d’un vélo classique dont on ne se sert plus, sur le marché de l’occasion, mais finiront à moyen voire court-terme dans un immense cimetière (et ensuite?!), c’est franchement pas top.

Bref, nous avions déjà quelques doutes sur les vélos partagés, et le moins que l’on puisse dire, c’est que Shanghai ne nous aura pas fait changer d’avis…